Poètes décadents (1919-1939)
Ròmos Filỳras
Napolèon Lapathiòtis
Còstas Ourànis
Yànnis Skarìmbas
Tèllos Àgras
Marìa Polydoùri
Traduit par Michel Volkovitch
2026 — 120 pages — 12 €
ISBN : 978-2-494343-31-3
Quelques traits communs les rapprochent : la mélancolie, le repli sur soi, un spleen à la Baudelaire, un ennui qui les accable et qu’ils ne savent comment fuir.
Ils ne seront jamais vraiment pris au sérieux. Parfois violemment critiqués à leur époque, ils ont cessé d’exciter les passions. On les juge commu-nément ringards, surtout quand on se dispense de les lire. Les historiens de la littérature les considèrent avec un certain dédain. On leur reproche leur indifférence à l’égard des réalités politiques de l’époque, et une expression déroutante parfois — maladresse ou hardiesse ?
Ils ne révolutionnent rien, travaillent moins dans l’éclat que dans la demi-teinte, moins dans le coup de poing que dans la caresse (le plus souvent), et dans leurs œuvres on peut trouver des faiblesses. Mais ce qui attire aujourd’hui l’intérêt et même l’affection du traducteur, plus que leur intérêt historique, c’est le charme qui se dégage de leurs meilleurs poèmes, un charme délicat, fragile, où la désuétude elle-même devient vertu.
Publié avec le soutien du Centre national du livre.

Je mourrai
Par un triste matin d’avril je mourrai de ma fièvre,
tandis que dans son pot s’entrouvrira timidement
une rose — une vie. Alors se fermeront mes lèvres,
se fermeront mes yeux tout seuls silencieusement.
Je mourrai un matin triste comme ma vie défaite,
dont la rosée s’écoulera, larmes pleurant mon sort,
sur la terre sacrée ornée de roses pour ma fête,
sur la terre sacrée qui servira de lit de mort.
Toutes ces choses-là, que j’aime d’avoir tant vécu,
comme des nuages d’été s’en iront une à une.
Celles qui m’ont aimée viendront pour un dernier salut,
toutes pâles, pour m’embrasser, tels des rayons de lune.
Par un triste matin d’avril je mourrai malheureuse.
Alors mon dernier souffle ira te l’annoncer sans bruit,
et ton reste d’amour sera une faible veilleuse
— un pauvre souvenir face au tombeau, face à l’oubli.
Marìa Polydoùri

