Le péché de ma mère
Les suites d’une histoire ancienne
Pourquoi le pommier a gardé son nom
(Nouvelles du passé Volume 5)
Yeòryios Vizyïnos
Traduit par Hélène Zervas & Michel Volkovitch
2026 – 132 pages – 12 €
ISBN : 978-2-494343-35-1
Avec ce troisième volume, voici enfin rassemblées au Miel des anges toutes les nouvelles de Yeòryios Vizyïnos. Profondément autobiographi-ques, mais pas totalement.
Si chacune d’elles est un bijou à elle seule, la lecture de l’ensemble les enrichit encore : une foule d’échos, de thèmes obsessionnels, les font se refléter les unes les autres et on pourrait quasiment voir en elles, toutes rédigées presque en même temps dans un grand déferlement d’écriture, les chapitres d’un vaste roman virtuel extraordinairement complexe et impressionnant. L’auteur revient sans cesse, par de nouveaux chemins, à ses obsessions ; il s’efforce d’éclairer un peu les replis profonds de l’âme humaine, particulièrement obscurs chez ses personnages si prompts à s’aveugler.
Cet ouvrage est publié avec le soutien de la fondation Ouranis.

Aussi, peu après, conduisis-je ma mère au patriarcat pour qu’elle se confessât à Sa Sainteté.
La confession dura longtemps et, à en juger par les signes que m’adressa le patriarche et par ses paroles, je compris qu’il dut recourir à toute la puissance d’une éloquence qu’il sut rendre simple et accessible pour obtenir le résultat désiré.
Ma joie était indescriptible. Ma mère prit congé du vénérable prélat en manifestant la plus sincère reconnaissance et, en quittant le patriar-cat, elle paraissait aussi joyeuse et légère que si on lui avait ôté du cœur la lourde meule d’un moulin.
Lorsque je la raccompagnai à son logement, elle sortit de son giron une croix, présent de Sa Sainteté, la baisa et se mit à la contempler, s’absorbant graduellement dans ses pensées.
— C’est un homme de bien que ce patriarche, n’est-ce pas ? lui dis-je. Je crois que maintenant, ton cœur a trouvé l’apaisement.
Ma mère garda le silence.
— Tu ne réponds pas, mère ? lui demandai-je avec une certaine hésitation.
— Que veux-tu que je te dise, mon enfant ? me répondit-elle alors, pensive. Le patriarche est un saint homme et un sage. Il connait la volonté du Seigneur et tous ses desseins, et il peut pardonner tous les péchés du monde. Mais que veux-tu, on a beau dire, c’est un moine. Il n’a pas eu d’enfant et il ne peut pas savoir ce que c’est que d’avoir tué le sien !
Ses yeux se remplirent de larmes et je me tus.

